Principe et processus de parrainagepar Stephen Gilligan, Ph.D. Au cours des derniers vingt ans, l’héritage de Milton Erickson a subi de nombreux remaniements et approfondissements. Mon approche, quant à elle, s’est éloignée d’une emphase purement éricksonienne (cf. Gilligan, 1987) au profit du développement d’une approche néo-éricksonienne, que j’ai nommée psychothérapie du Soi relationnel (cf. Gilligan, 1997). À l’instar de l’œuvre d’Erickson, l’approche basée sur le Soi relationnel insiste sur les aspects positifs des problèmes et symptômes. Elle considère de tels troubles de « l’ordre normal » comme des marques évidentes de « l’éveil de quelque chose » dans la vie de la personne ou de la communauté. De tels troubles sont donc des crises à « doubles tranchants ». D’une part, elles représentent (bien que souvent de manière obscurcie) des opportunités de croissance majeure. (La plupart d’entre nous pouvons nous souvenir d’événements négatifs – décès, divorce, maladie ou accoutumance – ayant engendré des changements positifs significatifs dans nos vies.) D’autre part, de tels troubles peuvent s’avérer très destructeurs – nous risquons de nous perdre dans la dépression, dans le passage à l’acte ou dans d’autres comportements problématiques. L’approche basée sur le Soi relationnel suggère que la différence existe si le trouble peut être « parrainé » par une présence humaine compétente. Le principe et les processus de parrainage sont les assises de la théorie basée sur le Soi relationnel. Le mot anglais pour parrainage, le « sponsorship », vient du latin « spons » qui signifie « faire solennellement vœu de ». Ainsi, le « sponsorship » ou parrainage consiste à faire le vœu d’aider une personne (y compris soi-même) à se servir de chaque événement, chaque expérience, dans le but de s’éveiller à la bonté et aux cadeaux du Soi, du monde et des liens entre les deux. L’approche du Soi relationnel suggère que les expériences qui surgissent dans la vie d’une personne ne sont pas encore totalement humaines; elles n’ont de valeur humaine qu’au moment où une personne est en mesure de la « parrainer ». La vie extraordinaire d’Helen Keller (cf. Keller, 1902-1988) peut venir étayer ce concept. À l’âge de 18 mois, Helen Keller contracta une maladie grave qui la laissa aveugle et sourde pour le reste de son existence. Les six années qui suivirent furent remplies de souffrance, dans un monde obscur et isolé, chargé de sensations intenses, de colère, de repli sur soi et de frustration. Personne n’arrivait à entrer en contact avec elle et elle ne trouvait aucune manière de communiquer directement avec les autres. Lorsqu’elle eut sept ans, sa « marraine (sponsor) », la travailleuse sociale Annie Sullivan, apparut dans sa vie. Comme l’écrit Helen, « Le jour le plus important dont je me souvienne, de toute ma vie, est celui où mon enseignante, Anne Mansfield Sullivan, entra dans ma vie. Je suis remplie d’émerveillement à l’idée du fossé que cet événement a comblé entre les contrastes incommensurables de nos deux vies. » (p.16) Grâce à son lien avec Annie Sullivan, Helen Keller refit son entrée dans le monde des vivants, pour ne plus jamais regarder derrière. Elle parvint à se distinguer comme l’une des personnes exceptionnelles de ce siècle, par ses qualités d’intelligence, d’inspiration et d’humanitarisme. La distinction entre ce que nous pourrions appeler la Helen Keller « pré-parrainage » et la Helen Keller « post-parrainage » peut se trouver en chacun de nous à plusieurs niveaux. Elle est facile à observer chez les jeunes enfants, qui ne possèdent pas les habiletés verbales ou autres aptitudes au parrainage en termes de leurs sensations (comme se sentir fatigués, avoir faim, se sentir esseulés ou en colère) et, de ce fait, les extériorisent instinctivement jusqu’à ce qu’un adulte réceptif puisse en reconnaître la signification et y répondre. Idéalement, avec le temps, un enfant apprend à reconnaître et à « parrainer » ses propres sensations, devenant ainsi une personne « re – spons –able » au sein de sa communauté. Toutefois, tous les expériences ou comportements qui surgissent et qui sont négligés, passés sous silence ou maudits par la personne ou la communauté restent dans leur état pré-parrainé, « pas mûrs ». Ils tentent constamment de prendre leur place, cherchant une présence humaine qui les parrainera, permettant ainsi à leur valeur positive de s’épanouir et de devenir évidente pour le Soi et pour la communauté. Mais à chaque nouveau rejet, ils deviennent de plus en plus problématiques et antagonistes envers la personne et la communauté.
C’est à ce moment que les clients surgissent en thérapie: une expérience ou un comportement « hors-contrôle » les dérange de plus en plus. Alors que le réflexe normal de qui que ce soit (client comme thérapeute) pourrait être de faire tout en son possible pour détruire, anéantir ou « se défaire » de cet Autre négatif, (et conséquemment de rétablir l’ancien Soi « normal »), l’approche basée sur le Soi relationnel s’appuie sur l’héritage d’Erickson en essayant de découvrir comment de telles expériences peuvent être parrainées à titre de cadeaux (aussi « terribles » soient-ils) de croissance. Pour retrouver la valeur positive de ces expériences apparemment négatives, le parrainage compte plusieurs processus. L’aspect « yin » (réceptif) du parrainage demande d’accueillir, d’autoriser son cœur à s’ouvrir, d’être témoin, d’offrir une place ou sanctuaire, de soulager, de soutenir tendrement, d’être curieux, d’écouter attentivement et d’assurer une présence au regard bon et compréhensif. L’aspect « yang » (actif) exige un engagement implacable, une attention acharnée, d’offrir ses conseils, d’établir limites et frontières, de remettre en question les limites personnelles et de présenter l’expérience parrainée à d’autres ressources. Grâce à l’habile arrangement de ces processus précis et d’autres processus de parrainage, une expérience ou un comportement qui semblait n’avoir aucune valeur pour le Soi ou la communauté peut être transformé, passant d’une « chose » qui doit être détruite à un « être » que l’on peut écouter, apprécier et que l’on peut autoriser à se développer au sein de soi et de la communauté. |
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